Triunicie et République

Le « principe triunitaire » donne à la Triunicie un caractère universel dont la République ne peut se prévaloir. Elle représente donc la transition vers un modèle plus évolué. Adoptée par tous les peuples, les Etats se trouveraient contraints à l'application de principes identiques. Ce qui ne les priverait guère de leurs identités respectives, vu que la Triunicie n'est en rien une pensée unique.

L'absence d'un vrai concept empêche la République de demeurer toujours pareille à elle-même. Elle cautionne donc différents types de régimes : autocrate, démocrate, présidentialiste, oligarque, ploutocrate ou tyrannique. Aussi ne peut-elle imposer le respect des droits humains fondamentaux. Par conséquent, la revendication de valeurs républicaines n'a pas de sens. Certes, elle calque ces dernières sur celles prônées par la démocratie. Or nul pays n'est pleinement démocrate en ce monde ; d'autant qu'un pouvoir dictatorial peut brusquement ruiner celle-ci.

La Triunicie ne s'en tient pas à énoncer des droits. A travers la Spiricience --- pôle important de son fondement ---, les institutions se trouvent contraintes à une éthique efficiente. Comme je l'ai exposé, dans le chapitre qui la concerne, ce pôle n'a pas la suprématie sur les deux autres. Il a toutefois le pouvoir de signaler les éventuelles dérives en la matière et de faire agir par le biais des contre-pouvoirs et, en premier lieu, l'institution particulière au sommet de l'Etat triunite (c'est-à-dire de la Triunicie). Il s'agit d'une situation extrême, et fortement improbable, étant donné l'attachement aux valeurs humaines et spirituelles des responsables élus ou nommés au sein d'un gouvernement triunite.

La République se veut la gardienne de droits imprescriptibles dont elle prétend garantir la jouissance à tous les citoyens. Dans la pratique, il n'en est pas ainsi ; car, même dans les meilleures démocraties, le respect des principes démocrates est défaillant. En l'absence d'un fondement inamovible, apte à imposer des principes stricts, les dirigeants d'une majorité d'Etats républicains gouvernent au gré de leurs convictions personnelles, voire font montre d'une incompétence regrettable. Le pluralisme politique n'est partout qu'apparent et guère pleinement opérant. Dans un système où l'argent prédomine, les bonnes intentions se corrompent inévitablement. Aussi l'intérêt général passe-t-il au second plan. Celui-ci est lié à la souveraineté populaire, au respect des droits des citoyens et, en final, à la justice. Liberté, égalité, justice : une belle devise républicaine souvent clamée, mais jamais vraiment réalisée. En effet, dans les pays se disant républicains, la liberté n'est jamais totale quand elle n'est pas, tout simplement, un trompe l'œil, voire absente. L'égalité n'est, de même, qu'un vain idéal. Celle-ci commence à l'école qui est la clé d'une vie adulte réussie. A ce niveau, d'énormes disparités existent selon les pays ; ce qui entraîne un énorme fossé entre le haut et le bas de la société. Concernant la justice, elle n'existe vraiment nulle part à cause du système économique en place. Le respect de l'Autre, la tolérance, la solidarité, outre les droits déjà cités, sont indispensables à un vrai progrès social. Cela ne peut être au sein d'un modèle qui permet l'existence d'un contexte de dominant/dominés, d'exploiteurs/exploités, d'excellents/médiocres, de vainqueurs/vaincus, de forts/faibles.

La Triunicie n'est pas un modèle foncièrement anti-matérialiste. Elle promeut une vision saine et élevée du matériel grâce à la mise en place du cadre économique propre à empêcher celui-ci de devenir un but de vie. Dans l'esprit triunite (c'est-à-dire de la Triunicie), chacun doit seulement disposer du matériel nécessaire à son bien-être. Ce qui fait obstacle à la possession d'une richesse financière indécente. Il n'y a plus de très riches et de très pauvres, mais des individus qui occupent leur juste place dans la société. L'éthique de la solidarité induite par la Spiricience veille à ce que les personnes ne soient pas pénalisées par leur condition de naissance ou leurs facultés intellectuelles moindres. Pour la Triunicie, la dignité, la liberté, l'égalité et la justice représentent des droits essentiels dont elle s'efforce de permettre la pleine jouissance à tout un chacun.

En cautionnant l'économie capitaliste, la République a pris le chemin de l'ultra-matérialisme. Dès lors qu'elle abrite en son sein un système profondément inéquitable, individualiste et vantant l'idéal financier, elle ne saurait défendre l'équité, la solidarité ou l'épanouissement de l'homme. L'éthique de l'argent y a le dessus sur l'éthique de la fraternité ou de la compassion. Partant, les êtres ne se sentent pas enclins à exprimer cette part d'eux-mêmes qui est, en définitive, leur nature authentique.

L'homme n'évolue pas en se détournant de Dieu. L'esprit républicain et laïque le mène sur une voie erronée, celle consistant à le convaincre qu'il ne dépend que de lui-même. Cela donne à la valeur humaine un caractère accessoire tout en la rendant tributaire de calculs économiques.

La Triunicie s'impose la contrainte de la réalisation humaine. Pour elle, le politique, le développement économique, le progrès social n'ont pas d'intérêt si cette dernière est reléguée. Ne s'en tenant pas à une intention philosophique, elle concrétise son idéal à travers un modèle économique conçu autour de l'homme. Cet engouement peut paraître irréaliste, puisque, de temps immémorial, les systèmes de gouvernement n'ont eu en point de mire que l'exploitation ou l'abus moral des individus. A cet égard, la Triunicie fait passer ce monde dans une nouvelle ère. Elle présente donc une vision élevée de la politique, de l'économie et de l'Etat. En offrant aux êtres humains l'opportunité de vivre autrement, elle concrétise l'idéal humaniste. Ceux-ci ont la certitude, désormais, que leur confiance ne sera pas abusée par des politiciens rusés et avides de pouvoir. Un changement qui interdit, évidemment, tout retour en arrière. En réalité, les peuples qui auront accompli ce pas n'éprouveront guère le désir de régresser dans leurs droits.