Triunicie et progrès

Quoique différente selon les cultures, la conception du progrès tend à s'uniformiser avec le phénomène, désormais achevé, de mondialisation du capitalisme. Les nations émergentes poursuivent l'ambition d'appartenir, un jour, au sérail de celles dites avancées. Hormis les populations des pays pauvres, pour qui le progrès se résume à l'accès au minimum vital ou aux services essentiels, toutes les autres l'associent à l'acquisition de la meilleure prospérité possible. Dans les Etats développés, les individus sont éduqués, très tôt, au capitalisme et à une forme de progrès compatible avec celui-ci. Une réalité qui met au rebut tout ce qui n'apporte pas de satisfactions palpables.

La Triunicie place le progrès humain au-dessus de celui d'ordre matériel ; car elle considère la société comme un ensemble de personnes et non de choses. Selon elle, il n'est rien de plus rare et de plus admirable ici-bas que l'homme. Son existence valorise ces beautés de la Nature qu'il a le devoir, toutefois, de protéger. Sa subordination à des impératifs économiques représente donc une absurdité établie par des personnages vaniteux et dotés d'un petit esprit. Les châteaux de cartes qu'ils ont édifiés, la fiction financière qu'ils ont mise en scène pourraient ne plus être et l'humanité n'en disparaîtrait pas pour autant. Ainsi la Triunicie proclame caduque cet existant.

Le modèle « triunite » permet à chacun d'atteindre son propre niveau de développement. Pour ce faire, il instaure un système éducatif dans lequel l'enfant est éveillé à son don inné. Tout au long de sa scolarité, le jeune est accompagné dans ce sens. Ainsi cela devient un processus naturel qu'il continuera si, d'aventure, il n'en arrivait qu'à la découverte de capacités secondaires ou intermédiaires. Ces dernières sont souvent utiles pour un recentrage, ensuite, sur la principale. J'ai la conviction que chaque personne naît avec un don, petit ou grand, ordinaire ou extraordinaire, grâce auquel elle entre dans sa vraie vie. En outre, la poursuite d'un progrès personnel n'est pas une attitude individualiste. Le progrès social correspond, en final, à la somme des réalisations individuelles. D'autant que la Triunicie dissuade les objectifs égoïstes et socialement improductifs.

L'acculturation actuelle au profit et aux valeurs superficielles tend à rendre l'idéal « triunite » quelque peu utopique et anti-moderniste. Certains trouveront, sans doute, que l'ossature sociale proposée par la Triunicie est rétrograde, morose et dénuée d'intérêt. Enchaînés à leur emploi et à une vie sans attrait, combien d'individus profitent réellement de l'ordre économique capitaliste ? La liberté d'engranger des profits à profusion n'en est pas vraiment une. Cela crée même beaucoup d'injustice ; car les plus faibles et les moins opportunistes doivent passer sous les Fourches Caudines des nantis, des rusés ou des invétérés arrivistes. Par contre, sous le gouvernement de la Triunicie, chacun a la possibilité de réaliser son espérance. De fait, le destin devient une notion réaliste. Des êtres sereins et confiants en l'avenir sont plus créatifs et productifs que des personnes vivant dans la peur de la précarité, voire stressées par l'obligation de s'en sortir au mieux.

Le bonheur économique et le bonheur humain ne se rencontrent pas toujours. On peut même dire que leurs intérêts divergent la plupart du temps. Les individus se forcent à une condition de vie, afin de subvenir aux besoins de leur petite famille. Le système actuel exacerbe les penchants de l'ego et provoque des réflexes de dépendance. Il s'agit d'un asservissement que les gens finissent par percevoir comme un progrès. Le modernisme a tronqué les valeurs et tué de grands principes. La Triunicie n'entraîne pas les citoyens sur cette voie d'un conditionnement hypocrite à des fins économiques. Son respect de l'homme va de pair avec une politique de progrès responsable.

Le pôle de la « Spiricience » incite à l'expression d'une spiritualité authentique et, par elle, à celle du progrès humain.