Science et spiritualité

Les interrogations sur la vie, la mort, l'au-delà, les éléments et les phénomènes de la nature précédèrent les sciences. La recherche d'une rationalisation de ces choses suscita leur éclosion. Jusque vers les quatorzième et quinzième siècles, il n'existait pas de séparation tranchée entre la science et la philosophie. Galilée fut le précurseur de la formalisation scientifique et d'une tentative de distinction entre science et pensée pure ou esprit. Avant lui, science et spiritualité se confondaient, vu que les découvertes procédaient de l'inspiration ou de l'empirisme. Certes, il y avait eu l'école milésienne ou atomistique dans la Grèce antique, un courant matérialiste contestant l'existence des dieux, puis l'école pythagoricienne qui professait, entre autres, l'idée d'un univers régi par les nombres. Pythagore attribuait une nature divine aux nombres.

L'avènement des religions monothéistes et de principes moraux, émanant d'elles, au service du pouvoir détourna les individus d'une sorte de spiritualité spontanée. Ainsi le Moyen Age représenta une période sombre où le génie demeura voilé, suite à l'assujettissement de la pensée à la dictature catholique. Car, forcés de se conformer à d'antiques postulats bibliques interprétés par l'Eglise de façon littérale, les scientifiques se voyaient contraints de dissimuler leurs découvertes s'ils voulaient s'éviter les affres de l'Inquisition.

Cela se traduisit, en Occident, par la suprématie des sciences expérimentales sur celles d'ordre théorique. Le fossé, qui se creusa entre science et spiritualité, existe encore aujourd'hui et ne pourra être comblé qu'à partir d'une évolution de l'état d'esprit des scientifiques. Les choses se déroulèrent différemment en Inde ou en Chine suite à une meilleure intelligence entre les domaines religieux et scientifique.

Dans le monde gigantesque de l'astronomie, plus réduit de la mécanique, voire dans ceux de l'hydraulique, de l'optique ou de l'électricité, tout paraît avoir progressé à la manière d'une horloge. Les physiciens en sont venus progressivement à considérer le monde mesurable sous la forme d'une machine monumentale. A l'image de Newton qui soutenait que Dieu créa l'univers de cette manière, puis qu'Il l'abandonna aux aléas de l'évolution. Il s'agissait d'un point de vue déiste qui niait finalement le concept d'Intelligence Suprême et, surtout, du Verbe d'Amour de Dieu.

Le développement technologique de la société occidentale s'amorça véritablement quand les hommes de science descendirent de leur tour d'ivoire pour collaborer avec les ingénieurs. L'invention du télescope et du microscope élargirent, dès lors, le champ de vision de leurs observations. Les scientifiques ne se contentèrent plus de répertorier des événements, mais entreprirent les expériences propres à limiter les influences accidentelles. Par l'unification des lois de la physique, la science démontre finalement sa croyance en la stabilité, la simplicité et l'unité de la Nature. Une démarche par laquelle elle s'accorde pleinement avec une spiritualité prônant l'existence d'un ordre divin plutôt que d'une triste anarchie.

Ces théories occultent cependant le Verbe d'Amour de Dieu qui insuffla toutes choses et, donc, l'être humain de l'essence de vie. Certes, les affirmations, apparemment savantes, comportent de nombreuses lacunes. Qu'en est-il de l'Amour, de la beauté et autres notions que la raison ne saura jamais expliquer ? La science fait abstraction de la connaissance pure. Un approfondissement de ces questions permettrait de poser un regard spirituel sur la Vie et sur tout ce qui en découle.

A partir de méthodes différentes, scientifiques et « spiritualtistes» (néologisme pour qualifier les tenants ou les spécialistes de la spiritualité ; vu que le spiritualiste est un adepte du spiritualisme) poursuivent un but commun : la découverte de l'unité fondamentale. Alors que le scientifique s'en tient à une analyse mathématique des expériences, le « spiritualtiste » s'attache surtout à la sagesse des inspirations reçues au cours des âges. En effet, grâce à un travail exclusivement extérieur, le savant est en mesure de répéter la même expérience à l'infini. En revanche, tenu à un travail essentiellement intérieur, et à cause d'une instabilité des états de conscience, le « spiritualtiste » ne peut espérer un résultat stable. La reconnaissance d'une différence intrinsèque entre le caractère impersonnel et relativement uniforme de la matière --- mais aussi entre les niveaux de conscience propres à l'individualité --- devrait permettre aux scientifiques et aux « spiritualtistes » de se rejoindre sur des aspirations communes.

Rabelais a écrit : « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».

Les scientifiques seraient bien avisés de méditer cette pensée. Car ils jouent trop souvent aux apprentis sorciers en œuvrant sur l'ordre naturel et en ne se souciant guère des possibles déséquilibres à long terme de leurs découvertes.