Des régimes disparates

Toutes sortes de systèmes de gouvernement se côtoient sur la planète : des républiques démocratiques, présidentialistes, avec un parti unique, oligarchiques, ploutocrates, religieuses, des autocraties, des monarchies absolues, constitutionnelles ou islamiques. Voici un patchwork qui ne facilite pas le consensus en cas de différends et, moins encore, l'évolution vers une démocratie authentique et universelle.

A l'image des régimes, les faces du monde sont multiples. L'inégalité y est patente et l'écart entre les riches et les pauvres y croît sans cesse. Les grands pays du Nord --- Etats-Unis et Europe occidentale --- y possèdent la puissance militaire, politique, économique et technologique. La Chine s'est, elle aussi, hissée au statut de grande puissance économique et militaire. Quant à la Russie, elle s'emploie à faire entendre sa voix sur la scène internationale. Par ailleurs, de grands réservoirs démographiques émergent, à l'image de l'Inde et du Brésil. Quoique ces deux pays n'affichent pas aujourd'hui les mêmes performances économiques. Parallèlement à l'implosion de certains Etats --- U.R.S.S., Yougoslavie, Tchécoslovaquie, par exemple --- s'est produite une extension de l'Union Européenne suite à la volonté d'un certain nombre de pays de rallier ce pôle d'avenir. La crise, qui affecte encore la zone euro, risque cependant de la fragmenter à terme.

La civilisation de ce début du vingt-et-unième siècle, résultat d'un développement de plusieurs millénaires, est un ensemble disparate et précaire sur le long terme. Une forme de gouvernance mondiale permettrait-elle son évolution vers une structure pacifique et œuvrant en direction du bien de l'humanité ? Est-ce la réforme de l'Etat "lato sensu" qui engendrerait cette nouvelle architecture ou bien le contraire ? De mon point de vue, il serait nécessaire que cette transformation ait lieu de façon synchrone. En outre, une gouvernance supra-étatique aboutirait incontestablement à un échec ; puisqu'il faudrait, pour cela, faire passer les particularismes culturels sous les Fourches Caudines de l'autorité établie. Les foyers de violence se multiplieraient et le monde finirait par s'embraser.

La solution consiste à faire émerger une communauté d'Etats démocratiques. Ce qui ne peut être sous l'égide d'une grande puissance comme les Etats-Unis ou l'Europe. Un processus de démocratisation ne saurait être imposé à la Chine et au Moyen-Orient. Aussi cette amélioration à l'échelle planétaire paraît être une gageure difficile, voire une chimère. De surcroît, le progrès de la société, plus rapide que celui des institutions, a provoqué une crise de l'Etat démocratique qui souffre à présent d'un déficit de légitimité.

Certes, la Triunicie ouvrirait une nouvelle ère en permettant au monde de muter vers un modèle universel dans lequel la souveraineté des Etats serait respectée. L'universalité politique et économique est possible dans le respect des cultures. Chacune d'elles pourrait continuer à exister sans renier ses traditions et en adhérant à une norme globale. Il conviendrait, bien sûr, qu'elle renonce à ce qui l'en distancie et contrevient, de ce fait, à une fructueuse intégration au sein du tronc triunite (c'est-à-dire de la Triunicie). La Triunicie concilierait gouvernance des peuples et relations harmonieuses entre les pays. En aucun cas, elle ne correspond à un appareil politique ayant l'ambition cachée de gouverner le monde. Par conséquent, elle ne prévoit pas de contrôler ou de gérer les Etats à l'aide d'une autorité juridique et économique. Elle tient sa mondialité de l'élément constituant qui la fonde --- en l'occurrence, le « principe triunitaire » --- et par lequel elle lie les nations à une même forme de gouvernance. Beaucoup se demanderont, en toute logique, comment celles-ci en viendront à élire ce modèle ? Pareil changement n'adviendra pas suite à une décision délibérée des chefs d'Etat, mais parce que les peuples le légitimeront par la voie démocratique.

L'avènement de la Triunicie métamorphoserait la physionomie du monde ainsi que les relations inter-étatiques et mettrait au rebut tous ces démons que l'humanité se plaît à louer. Ce ne serait pas la perfection, mais une belle évolution.